L’EIGE (European Institute for Gender Equality) émet chaque année un indice pour les pays membres de l’Union Europenne, le Gender Equality Index. Celui de l’année 2025, achevée, vient de paraître.

L’une des membres du Bureau National des Pépites Publiques a décrypté pour vous l’indice français dans son contexte.

I Approche synchronique

La lecture détaillée de chaque item permet de révéler de fortes disparités derrière le très bon indice global de 73.4, qui place la France au deuxième rang de l’UE. Dans plusieurs items, la France est loin d’atteindre le podium. Elle ne se place qu’en quinzième position pour la mesure « Argent », par exemple.

Le graphique ci-dessus montre l’importante fluctuation du classement de la France : deuxième pour le pouvoir, troisième pour le savoir, cinquième pour la santé, mais neuvième pour le temps et quatorzième pour la ségrégation au travail. Un profil très hétérogène, mais qui ne diffère que peu du profil des trois autres pays en tête du classement européen (Suède, Danemark, Espagne).

Une tendance claire semble toutefois se dégager de cette comparaison : les quatre pays ont un bon score concernant le Pouvoir.

La France se démarque particulièrement pour l’item Savoir en ayant un meilleur score là où les trois autres pays obtiennent tous les trois un rang très proches.

Le classement en santé et en ségrégation au travail reflète exactement le classement de l’indice général, tandis que celui du temps est presque inversé.

Des femmes françaises avec davantage d’accès au pouvoir mais moins d’accès égalitaire à l’argent que les autres européennes ?

C’est le profil que semble révéler le classement. Au sein de ces indicateurs, l’étude des écarts est elle aussi significative. L’EIGE nous propose un score pour les femmes, un score pour les hommes, pour chaque pays, mettant en regard la moyenne dans l’UE.

Pour le travail, par exemple, la performance de la France est de 40% concernant l’accès aux postes managériaux. C’est 5% de plus que la moyenne de l’Union Européenne. Il s’agit du même pourcentage que celui de la Bulgarie, qui obtient toutefois un indice de ségrégation supérieur de 11 points à celui de la France (71.6 pour la Bulgarie contre 60.3 pour la France).

Très révélateur : le chiffre de 29% de Françaises dans la catégorie « low paid workers » (travailleurs faiblement rémunérés) contre 18% de Français, un score plus mauvais que la moyenne de l’Union Européenne et ceux pour les deux genres (28% pour les femmes et 16% pour les hommes). A noter toutefois que l’inégalité hommes – femmes sur ce point est d’un même ordre de grandeur dans l’UE et en France.

On retrouve un chiffre équivalent pour les adultes, travailleurs, en situation de pauvreté célibataires ou parents isolés (« In-work poverty of adults in single or single-parent households ») : 16% de femmes Françaises, égal à la moyenne européenne (16% également). Les Français s’en tirent un peu mieux : 12% contre 13% pour les Européens en général.

Dans le domaine de l’Education, le pourcentage de femmes en STEM (Science, Technology, Enginieering and Mathematics) est de 34% en France et en Europe, pour 66% d’hommes.

A la maison, les tâches domestiques quotidiennes incomberaient à 61% aux Françaises contre 59% pour les Européennes en moyenne, une inégalité et un score inférieur à la moyenne que l’on retrouve aussi en défaveur des Françaises dans le domaine des activités sociales et de loisirs.

Le détail de l’indicateur de Pouvoir en France montre un bond lié au nombre de ministres femmes, plus nombreuses que les hommes d’après l’EIGE (51% contre 49%). Un chiffre qui interroge tant il s’oppose à l‘index de féminisation du pouvoir d’Oxfam France pour 2025 (28% !). L’inégalité réapparait pour les députés (37% de femmes, 63% d’hommes, même ordre de grandeur que la moyenne en Europe).

Dans le domaine de la Santé, 64% des Françaises estiment être en bonne ou très bonne santé contre 69% des Français, un score légèrement inférieur à la moyenne européenne pour les deux genres (66% femmes, 71% hommes, soit un écart similaire). Les Françaises ont toutefois une meilleure espérance de vie en bonne santé que les Européennes (51% contre 44%) et les Français (53%) que leurs homologues européens (50%). L’écart entre hommes et femmes en France sur ce point apparaît nettement plus réduit (2% d’écart contre 6% en Europe).t

II Approches diachroniques

La France obtient un indice de 73.4 contre 70.2 en 2020. Elle se classe deuxième de l’Union Européenne, entre la Suède (1e) et le Danemark, l’Espagne, étant troisième. Si cet indice montre un progrès plus faible que les écarts précédents, la France continue de progresser et de « performer mieux que l’Union Européenne » selon les mots de l’EIGE.

9.3 points gagnés depuis 2015. A titre de comparaison, dans la même période, l’Espagne a gagné 13.2 points, la Belgique, 9.5, l’Allemagne, 4.8, le Danemark, 7.3. L’évolution de la France est proche de celle de l’Italie (9.4 points pour la même période). Le pays qui se classe premier, la Suède, a, tout comme l’Allemagne, évolué seulement de 4.2 points depuis 2015.

Voici une vision d’ensemble de la trajectoire de l’Union Européenne et des 4 pays ayant aujourd’hui le meilleur indice.

L’écart entre la Suède et la moyenne de l’Union Européenne reste supérieur à 10 points mais ne cesse de baisser, quand celui entre la France et la moyenne de l’UE a presque doublé ces quinze dernières années, passant de 5,6 à 10. On constate un bond important entre 2010 et 2020, moins marqué ces dernières années. L’Espagne, pour sa part, multiplie son écart par 2,88, passant de 2,6 à 7,5 quand l’écart entre le Danemark et la moyenne de l’UE fluctue bien que son indice global soit toujours en hausse.

Quelques évolutions (très) favorables

Commençons par nous féliciter de quelques réussites.

L’indice « Argent » de l’égalité des genres a gagné deux points tous les 5 ans depuis 2010, passant de 72.1 à 78.1. Une évolution nettement moins spectaculaire que l’indice « Pouvoir » (politique, économique et social), qui passe de 25.3 à 72.5. L’indice « Temps », lui, reste strictement identique sans aucune fluctuation.

L’évolution de la question du travail : pas si positive

La méthodologie a évolué entre 2020 et 2025 et certains chiffres ne peuvent être comparés. Par exemple, le pourcentage de répartition des postes de managers entre hommes et femmes est mesuré en 2025 mais ne l’était pas en 2020. Pour permettre la comparaison dans le temps, l’EIGE a donc publié dans la version 2025 des éléments de comparaison corrigés.

Pour les chiffres qui peuvent être comparés, voici un focus sur leur évolution entre 2020 et 2025.

La « ségrégation » fait partie des éléments dont la méthodologie a changé. Elle mesure aujourd’hui l’accès aux postes managériaux et « l’accès au leadership, au développement professionnel, à l’autonomie et à l’influence. » Plus le chiffre est élevé, plus il indique une situation paritaire. La lecture des chiffres corrigés figurant dans le rapport 2025 montre une baisse importante entre 2010 et 2015, qui n’a toujours pas été rattrapée en 2025 avec 10 points perdus entre 2010 et 2015, et 9 points regagnés jusqu’à 2025.

Cette chute vertigineuse, et la lenteur pour la compenser, est gommée dans l’indice global de la France, en hausse constante depuis 2010. Elle se reflète toutefois en partie dans l’indice « travail », qui était de 71.1 en 2010 et de 72.8 en 2025 : l’évolution des quinze dernières années apparaît comme un retour à la situation de 2010, avec une légère amélioration d’1,7% qui s’explique par la hausse conséquente du travail des femmes en équivalent temps plein, mesuré par l’item « participation ».

Cette question de la ségrégation se retrouve dans le champ du Savoir, mesurée avec la répartition genrée par domaines de formation (secteur tertiaire, Sciences, etc). L’indice de ségrégation, cette fois, connaît un recul entre 2015 et 2020, rattrapé en 2025.

Confronter ces deux items nous permet de voir que la situation semble évoluer favorablement depuis 2020 avec une évolution allant de pair, mais que 2025 n’offre pas beaucoup mieux, si ce n’est moins bien, que 2010.

Nous savons ce qu’il nous reste à faire !


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